Comprendre l'érosion côtière et le recul du trait de côte

Dossier · mis à jour le 13/06/2026

Comprendre l'érosion côtière et le recul du trait de côte

Près d'un cinquième du littoral français recule sous l'effet de la houle, des tempêtes et de la montée des eaux. Mécanismes, indicateur national du CEREMA, loi Climat et résilience, communes exposées, information de l'acheteur et du locataire : ce dossier fait le point, sans alarmisme, et renvoie aux sources officielles.

Le littoral français n'est pas une ligne figée. Sous l'effet conjugué de la houle, des tempêtes, du manque de sable et de la lente montée du niveau de la mer, la frontière entre la terre et l'océan se déplace : c'est ce que l'on appelle le recul du trait de côte, conséquence de l'érosion côtière. D'après l'indicateur national produit par le CEREMA, près de 20 % des côtes métropolitaines et ultramarines sont en recul, avec de très fortes disparités d'un secteur à l'autre.

Ce phénomène, lent mais souvent irréversible, soulève des questions concrètes pour celles et ceux qui habitent, achètent ou louent un bien en bord de mer. Ce dossier explique les mécanismes en jeu, présente l'indicateur national du CEREMA, détaille le cadre juridique issu de la loi Climat et résilience de 2021, et précise vos droits d'information lors d'une transaction immobilière. Il distingue aussi clairement l'érosion de la submersion marine, deux risques côtiers souvent confondus. mon-risque.com est un portail d'information : il vous oriente vers les sources officielles et ne remplace ni un diagnostic réglementaire ni l'avis des services de l'État.

Qu'est-ce que le trait de côte et son recul ?

Le trait de côte désigne la limite entre le domaine marin et le domaine continental, c'est-à-dire la ligne du rivage. L'érosion côtière se traduit par le déplacement de cette limite vers l'intérieur des terres : du sable, des galets ou de la roche disparaissent sous l'action de la mer plus vite qu'ils ne sont remplacés. On parle alors de recul du trait de côte.

Ce recul n'est ni uniforme ni régulier. Sur certains littoraux sableux ou sur des falaises argileuses fragiles, il peut atteindre plusieurs mètres par an. Ailleurs, sur des côtes rocheuses dures, il est imperceptible à l'échelle d'une vie humaine. Le trait de côte peut aussi avancer localement, lorsque les sédiments s'accumulent (formation de flèches sableuses, engraissement de plages). L'érosion correspond donc à un bilan : quand les pertes de matériaux l'emportent durablement sur les apports, la côte recule.

Il est important de comprendre que ce mouvement est en partie naturel et ancien. Les côtes ont toujours évolué. Ce qui change aujourd'hui, c'est la combinaison de l'urbanisation littorale, qui a fixé des enjeux humains et économiques au plus près du rivage, et du changement climatique, qui accentue certains facteurs d'érosion.

Les mécanismes de l'érosion côtière

Plusieurs phénomènes, souvent combinés, expliquent le recul du trait de côte. Les connaître permet de mieux comprendre pourquoi un secteur recule et un autre non.

La houle et l'action des vagues

La houle est le moteur de fond du transport des sédiments le long de la côte. Les vagues mobilisent en permanence le sable et les galets, qui circulent parallèlement au rivage selon un courant appelé dérive littorale. Lorsqu'un secteur reçoit moins de matériaux qu'il n'en perd, il s'érode. C'est pour cela qu'un aménagement (port, digue, épi) qui bloque le transport du sable peut protéger un endroit tout en accélérant l'érosion plus loin.

Les tempêtes

Les tempêtes sont les événements les plus spectaculaires et les plus destructeurs. En quelques heures, une forte houle de tempête peut arracher plusieurs mètres de dune ou de plage, faire reculer une falaise d'un coup ou détruire des ouvrages. Le recul observé sur le long terme résulte souvent de l'accumulation de ces épisodes brutaux, entre lesquels la côte ne se reconstitue que partiellement.

Le déficit sédimentaire

Une côte est en bonne santé quand elle reçoit autant de sable qu'elle en perd. Or, de nombreux apports ont diminué : barrages sur les fleuves qui retiennent les sédiments, extraction de granulats, urbanisation des dunes qui jouaient le rôle de réservoir de sable. Ce déficit sédimentaire prive les plages de leur capacité naturelle à se régénérer et favorise l'érosion à long terme.

L'élévation du niveau de la mer

La montée du niveau marin, liée au réchauffement climatique, agit comme un facteur aggravant de fond. Une mer plus haute permet aux vagues d'atteindre plus loin sur le rivage et de solliciter des secteurs autrefois épargnés. Cet effet, modeste à court terme, devient déterminant sur plusieurs décennies et explique pourquoi les projections d'érosion s'aggravent à mesure que l'on regarde vers la fin du siècle.

L'indicateur national de l'érosion côtière du CEREMA

Pour disposer d'une vision homogène à l'échelle du pays, le ministère chargé de la transition écologique a confié au CEREMA (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement) la réalisation d'un indicateur national de l'érosion côtière, diffusé notamment via le portail GéoLittoral.

Le principe est de mesurer la mobilité passée du trait de côte. Pour cela, le CEREMA a interprété plusieurs séries de photographies aériennes anciennes et récentes afin de suivre la position du rivage au fil du temps, sur un linéaire de plus de 6 000 kilomètres couvrant la métropole et les cinq départements et régions d'outre-mer. La tendance d'évolution est calculée tous les 200 mètres et exprimée en mètres par an (m/an).

Les résultats sont classés en plusieurs catégories cartographiées. La catégorie dite non perceptible regroupe les valeurs comprises entre -0,1 et +0,1 m/an, c'est-à-dire les secteurs où aucune évolution nette n'est détectable. Au-delà, les valeurs négatives traduisent un recul (érosion) et les valeurs positives une avancée (accumulation). À l'échelle nationale, l'indicateur montre que près de 20 % du linéaire est en recul, avec environ 30 km² de terres perdues entre 1960 et 2010, mais aussi de très grandes différences locales.

Cet indicateur décrit le passé : il renseigne sur la dynamique observée, mais ne préjuge pas mécaniquement de l'avenir. Pour les projections, l'État s'appuie sur des scénarios prospectifs. En avril 2024, le CEREMA a présenté des cartographies nationales et des estimations d'enjeux exposés. Selon ces travaux, à l'horizon 2028, environ un millier de bâtiments seraient concernés, dont quelque 528 logements, pour une valeur estimée autour de 235 millions d'euros. À l'horizon 2050, environ 5 200 logements seraient menacés, pour près de 1,1 milliard d'euros. À l'horizon 2100, dans un scénario d'inaction qui suppose la disparition des ouvrages de défense, jusqu'à 450 000 logements pourraient être affectés. Ces chiffres décrivent des hypothèses contrastées et non un destin certain : ils servent à dimensionner les politiques d'adaptation.

La loi Climat et résilience de 2021 et les communes exposées

Le cadre actuel de gestion de l'érosion découle de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, dite loi Climat et résilience. Son article 239 a notamment prévu l'établissement, par décret, d'une liste des communes dont l'action en matière d'urbanisme et la politique d'aménagement doivent être adaptées aux phénomènes hydrosédimentaires entraînant l'érosion du littoral.

Cette liste a été constituée de manière progressive et sur la base du volontariat des communes :

L'inscription relève d'une démarche volontaire des conseils municipaux, mais elle emporte des obligations. Les communes listées doivent intégrer dans leur document d'urbanisme une carte locale d'exposition au recul du trait de côte, encadrée par les articles L121-22-1 à L121-22-12 du code de l'urbanisme. Cette carte délimite deux zones : la zone exposée au recul du trait de côte à un horizon de 30 ans, et la zone exposée à un horizon compris entre 30 et 100 ans. Les communes inscrites disposent d'un délai pour engager la révision de leur document d'urbanisme puis pour élaborer et publier cette cartographie.

La loi a également créé des outils pour accompagner l'adaptation : un droit de préemption spécifique pour acquérir des biens menacés, la mobilisation des établissements publics fonciers, des possibilités de dérogation encadrée à certaines règles de la loi Littoral, ainsi qu'un bail réel d'adaptation à l'érosion côtière (BRAEC), qui permet de continuer à occuper un bien tout en organisant son devenir à terme.

L'information de l'acquéreur et du locataire

L'un des apports majeurs de la loi Climat et résilience pour le grand public concerne la transparence lors des transactions immobilières. Depuis le 1er janvier 2023, le recul du trait de côte est intégré au dispositif d'information des acquéreurs et des locataires (IAL).

Concrètement, cela signifie plusieurs choses :

À noter que le document anciennement appelé état des risques naturels et technologiques a été renommé simplement état des risques, car il couvre désormais un champ plus large incluant notamment les sols pollués, certains risques miniers et l'érosion côtière. Cette information ne doit pas inquiéter par principe : elle vise à permettre une décision éclairée, en toute connaissance des enjeux du bien convoité. Vous pouvez consulter les éléments disponibles commune par commune via la recherche par commune de mon-risque.com, qui renvoie systématiquement vers les données officielles.

Érosion côtière et submersion marine : deux risques à ne pas confondre

Les littoraux sont exposés à deux grands risques distincts qu'il est essentiel de différencier, car ils n'obéissent pas aux mêmes mécanismes et n'appellent pas les mêmes réponses.

L'érosion côtière est un phénomène progressif et généralement irréversible : la terre disparaît durablement et le trait de côte recule de façon permanente. Une maison rattrapée par l'érosion est perdue définitivement, car le sol sur lequel elle est bâtie n'existe plus.

La submersion marine, à l'inverse, est une inondation temporaire de la zone côtière par la mer, dans des conditions météorologiques et marégraphiques défavorables. Elle survient quand le niveau instantané de la mer dépasse l'altitude du rivage ou des ouvrages de protection. Elle est d'autant plus probable lorsqu'une marée haute de fort coefficient se combine à une surcote due à une forte dépression, à un vent violent dirigé vers la côte et à des vagues de grande amplitude. Une fois l'événement passé, l'eau se retire et le terrain réapparaît, même si les dégâts peuvent être considérables.

La tempête Xynthia, dans la nuit du 27 au 28 février 2010, illustre tragiquement la submersion marine : survenue à pleine mer de fort coefficient et de nuit, elle a provoqué 53 décès en France, dont 29 sur la seule commune de La Faute-sur-Mer en Vendée. Ce drame relevait de la submersion, non de l'érosion, même si les deux phénomènes peuvent se cumuler sur un même littoral.

Sur le plan réglementaire, la submersion marine relève notamment des plans de prévention des risques littoraux (PPRL), relancés par l'État après Xynthia. Ces plans définissent des bandes inconstructibles et s'imposent aux documents d'urbanisme. L'érosion, elle, est encadrée par le dispositif issu de la loi Climat et résilience décrit plus haut. Pour approfondir le risque d'inondation par la mer, vous pouvez consulter notre dossier dédié à la submersion marine.

Quelles stratégies face au recul du trait de côte ?

Il n'existe pas de solution unique : la réponse dépend des enjeux présents, de la nature de la côte et des coûts. La Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte distingue plusieurs grandes familles d'approches, qui peuvent se combiner.

La défense dure

Les interventions dures visent à fixer le trait de côte au moyen d'ouvrages de protection : enrochements, épis, perrés en béton, digues. Efficaces à court terme pour protéger des enjeux importants, elles présentent des limites : elles sont coûteuses à construire et à entretenir, et elles modifient les courants et le transport des sédiments, déplaçant souvent l'érosion vers les secteurs voisins. Elles ne suppriment pas la cause du problème.

Les approches souples

Les interventions souples consistent à réalimenter un littoral en déficit, par exemple par le rechargement en sable des plages, ou à s'appuyer sur les milieux naturels (dunes, cordons de galets, végétation) pour renforcer la résilience de la côte. Elles travaillent avec les processus naturels plutôt que contre eux, mais nécessitent un entretien régulier et ne conviennent pas à toutes les configurations.

Le recul stratégique

Dans les secteurs où protéger coûterait beaucoup plus que ce que cela rapporte, le recul stratégique, aussi appelé relocalisation, peut être envisagé. Il consiste à déplacer de façon anticipée et organisée les biens et les activités vers l'intérieur des terres, avant que la mer n'impose la situation. Cette approche, longtemps perçue comme un renoncement, est aujourd'hui reconnue comme une option d'aménagement à part entière, notamment lorsque la sécurité des personnes est en jeu.

Le choix entre ces stratégies relève des collectivités et de l'État, en concertation avec les habitants. Il s'inscrit dans une logique d'adaptation de long terme, qui suppose d'anticiper plutôt que de subir.

Comment s'informer et que retenir

L'érosion côtière est un phénomène réel, documenté et encadré, mais qui se mesure à l'échelle de décennies. Pour un particulier, la bonne attitude n'est pas l'inquiétude, mais l'information : connaître la situation précise d'un bien avant d'acheter ou de louer, et comprendre les engagements qui peuvent en découler.

Voici les réflexes utiles :

mon-risque.com rassemble et met en perspective ces informations commune par commune pour vous aider à y voir clair, mais reste un outil informatif : pour toute décision engageante, il convient de se reporter aux documents officiels et, si besoin, à un professionnel (notaire, diagnostiqueur, services de l'urbanisme). Pour aller plus loin, explorez nos guides thématiques sur les risques naturels et le cadre de vie, ou lancez une recherche par commune pour consulter la synthèse des risques près de chez vous.

RappelDossier informatif. Pour une transaction, l'état des risques réglementaire (georisques.gouv.fr) reste le document opposable.